Le vêtement du futur

Cette troupe de marcheurs, à l’accoutrement plus qu’étrange, progresse imperturbablement de carrefour en carrefour sous l’œil intrigué des passants. Vêtus de manteaux en forme de nuages origamis clignotants, ils marchent ensemble au milieu de la circulation congestionnée de Manchester.

Nous sommes vendredi soir, en plein mois de Juillet, et l’air de la ville est lourd et chaud. L’artiste et activiste Kasia Molga fait défiler pour la première fois sa création baptisée Human Sensor, ce qui signifie le capteur humain. Un costume technologique rappelant la forme des poumons.

« L’art et le design constituent des plateformes idéales pour tester des scénarios futuristes. Human Sensor n’est pas qu’un objet éducatif ou informatif, il est surtout un médium pour raconter une histoire. »

Celle, tragique, de la pollution de l’air et de ses effets nocifs sur notre santé et notre environnement. Selon les derniers chiffres*, elle tuerait plus de 5 millions de personnes chaque année.

Human Sensor collecte, analyse et projette sur sa surface des informations relatives à la qualité de l’air. Des capteurs placés dans le masque récoltent les différences de température dans la respiration du porteur. Ces données sont ensuite étudiées par un micro-ordinateur appelé Raspberry Pi, dissimulé sous la cape. Des diodes électroluminescentes de différentes couleurs tapissent la doublure et s’allument en fonction des variations perçues dans l’air respiré.

Lorsque l’air est – relativement – pur les alvéoles imitent le va-et-vient de la respiration et alternent entre blanc et bleu. Mais dès que la pollution se fait sentir, le vêtement vire au rouge de manière à en informer son porteur et le reste du monde. Aussi bien dans la rue que sur Internet puisque les données sont diffusées en temps réel sur le web.

« Le concept de Human Sensor m’est venu il y a quelques années, lorsque j’étais dans mon appartement londonien pendant l’un des jours les plus chauds de l’année. Pour la première fois en dix ans, j’ai eu une crise d’asthme qui m’a envoyé à l’hôpital » explique Kasia Molga.

« Je souffrais d’asthme étant enfant et mon corps était plus faible que celui des autres. En grandissant, j’ai compris que j’étais très réactive à mon environnement et capable de détecter des changements dans l’air plus rapidement que les gens en bonne santé. Je pense que d’une certaine manière les asthmatiques comme moi ont ce super pouvoir ».

Ceci explique peut-être l’esthétique de Human Sensor, une pièce qui, il faut bien le dire, confère davantage au déguisement de super héros en collant qu’au basique de tous les jours. Le commentaire fait sourire l’artiste.

« C’est une première édition réalisée pour ce happening. Human Sensor a vocation à devenir plus petit et à s’intégrer dans nos vêtements ordinaires. Il y a énormément de gadgets qui nous informent sur notre environnement mais les gadgets ont peu de valeur à nos yeux. Ils sont jetables.».

Les vêtements en revanche ont une toute autre aura. « Le vêtement est à la fois intime et social, il est cet intermédiaire entre l’extérieur et l’intérieur qui nous connecte et nous déconnecte. C’est un objet dont nous avons tous la nécessité », résume Kasia Molga.

‘Human Sensor ‘est une commande de l’organisation Invisible Dust, en partenariat avec Manchester, Cité Européenne de la science. Le projet est soutenu par le Prix d’excellence The Wellcome Trust et le Conseil des Arts britannique.

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