Les 'Dirty Dozen': ces montres militaires de luxe

Les 'Dirty Dozen': ces montres militaires de luxe

Réalisé par Robert Aldrich en 1967, Les Douze Salopards (Dirty Dozen en VO) est toujours l’un des films de guerre les plus connus. Ce n’est pas le meilleur, mais son mélange d’humour énervé (pour l‘époque), d’actions épicées et de personnages rédempteurs a favorisé sa popularité à travers les époques.

Nous ne parlerons pas ici de ce film mais plutôt de l’une des collections de montres les plus recherchées de l’histoire horlogère et militaire.

Un petit récapitulatif historique s’impose. Nous sommes en Grande-Bretagne, entre la fin des années 1930 et le début des années 1940. De l’autre côté de la Manche, l’Allemagne commençait à faire du grabuge entraînant une réactions du côté de chez nous. Malheureusement, lorsque nous avons déclaré la guerre aux Allemands en 1939, personne n’a vraiment réfléchi à la façon dont nous allions faire face.

À l‘époque, les montres mécaniques étaient vitales pour les lignes de front, en particulier pour les opérateurs radio et les observateurs d’artillerie. Nous en avions besoin et, même si nous avions plutôt tendance à nous moquer de leur fameuse neutralité, c’est la Suisse que nous devons remercier pour ces dernières.

Ainsi, notre ministère de la Défense a commandé des centaines de milliers de montres pour répondre aux besoins des troupes. Et comme la production de masse n‘était pas aussi standardisée qu’aujourd’hui, et qu’aucun horloger n‘était en mesure de produire une telle quantité, douze compagnies différentes se sont partagées l’appel d’offre.

Parmi eux se trouvent des noms familiers comme IWC, Jaeger-LeCoultre et OMEGA, mais aussi des noms moins connus tels que Cyma, Buren et Grana pour n’en nommer que quelques-uns. Ils n‘étaient pas tous Suisses, la marque britannique Vertex a également contribué à répondre à l’effort collectif. Les marques restantes sont Longines, Eterna, Lemania, Timor et Record.

Les montres avaient beaucoup de similitudes entres-elles, affichant les mêmes caractéristiques et le même style général, ainsi qu’une flèche pointue pour les démarquer comme propriété exclusive du Ministère. Retournez l’une d’elles et vous verrez l’inscription W.W.W gravé à l’arrière. Cette désignation signifie Watch, Wrist, Waterproof, en français les mots “Montre, Poignet, Imperméable”. Cependant, elles ont toutes leur propre personnalité.

Retournons à notre époque. Aujourd’hui, collectionner les douze n’est pas une mince affaire. Et bien que la plupart d’entre elles soient relativement peu chères pour des montres de collection (un prix à quatre chiffres), elles sont tout de mêmee extrêmement rares. Notamment celles qui se trouvent encore en bon état.

La réalité des faits est que ces montres ont traversé l’Enfer de la guerre aux poignets de ces soldats et qu’elles en sont sorties avec les mêmes cicatrices. Contrairement à aujourd’hui, les Dirty Dozen comme elles sont surnommées en Grande Bretagne, n‘étaient pas considérées comme des objets de luxe. L’armée britannique était d’ailleurs peu intéressée par la conservation de ce qu’elle considérait d’abord comme un outil de travail. Afin de les remettre rapidement en circulation sur le terrain, elle remplaçait les pièces par des versions inférieures bricolées à la va-vite.

Afin, il y a également la question de la radiation qui se pose. Ces premières montres militaires étaient fabriquées à partir de matériaux luminescents radioactifs afin d‘être visibles en basse lumière. Cependant, dans les années 1960, la plupart des cadrans ont été été remplacés donc pas de risque de perdre ses cheveux en portant une version originale.

Parmi ces douze models, certaines sont beaucoup plus rares que d’autres. Les Longines peuvent être considérées comme les plus belles par certains, mais la Grana – la plus médiocre à regarder – est la plus recherchée car c’est celle qui a été la moins produite. Seuls mille exemplaires existent.

La collection complète est mise aux enchères à de très rares occasions, pour des prix forcément exorbitants. De nombreux amateurs de montres arpentent les boutiques vintage à la recherche de cette flèche qui est devenue le symbole de la collection. Elles peuvent être n’importe où puisque celles qui ont été rendues au Ministère après la guerre ont ensuite été envoyées à d’autres forces armées ailleurs dans le monde, de telle sorte que la chasse n’est jamais terminée.

Pour tous les amateurs de montres qui ne peuvent passer le reste de leur vie à essayer de les trouver, ce style militaire est plus que jamais à la mode. La marque Vertex est même revenue d’entres les morts et a sorti récemment une interprétation moderne époustouflante de la montre originale sur laquelle se trouve la célèbre flèche. Ce n’est pas la même chose bien sûr, mais tout ne peut pas vieillir aussi bien que les Dirty Dozen de 1967.

Texte original: Sam Kessler
Traduction: Living it