La Haute Horlogerie s'expose

La Haute Horlogerie s'expose

“Nous avons retiré l’aiguille des minutes, donc si vous souhaitez connaître l’heure d’une manière très précise, il ne faut pas prendre cette montre” affirme Gregory Dourde, CEO de HYT. Il présente la Skull Bad Boy, une pièce de haute horlogerie figurant un crâne serti d’un tube mesurant moins d’un millimètre de diamètre dans lequel circule un liquide noir exprimant le temps qui passe à la manière d’un memento mori animé.

L’idée peut sembler saugrenue au premier abord mais, au Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH), la fonctionnalité de l’objet n’est pas vraiment le propos. On vous rassure, la plupart des montres donnent l’heure – même chez HYT – mais c’est avant tout l’esthétisme et la créativité qui sont mis à l’honneur.

“Il y a plein de moyens de connaître l’heure et nous n’avons plus besoin de porter une montre pour cela. Ce qu’une maison de joaillerie comme la nôtre peut apporter, c’est de l’émotion et du plaisir qui dépasse la fonction” confirme Nicolas Bos, PDG de Van Cleef & Arpels.

Une vitrine culturelle de la haute horlogerie

“Lorsque vous portez une montre mécanique au poignet, vous avez la chance de porter un objet vivant” souligne Fabienne Lupo, directrice de la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) qui organise l’évènement. “C’est un puzzle de micro-mécanique, qui s’entretient. C’est comme un organisme avec un battement de coeur. C’est très émouvant.” poursuit-elle.


Academia Endless Drive DeWitt

Accompagnée d’un panel d’experts provenant de toutes les disciplines – horlogers, historiens, artistes -, elle sélectionne les marques qui exposent lors de cette rencontre. Elles sont au nombre de trente-cinq cette année. Un record pour cet évènement relativement confidentiel dont c’est la 28ème édition.

“Cette édition est la confirmation d’une orientation que nous avons pris depuis deux ans. Celle d’être beaucoup plus dans l’ouverture.” explique Fabienne Lupo. “A l’origine, le Salon a été créé pour être privé et professionnel, à destination des détaillants et de la presse internationale. Aujourd’hui, nous cherchons à aller davantage vers les clients finaux, vers le public et les amateurs de belle horlogerie dont les collectionneurs qui veulent en apprendre davantage. Nous souhaitons devenir une véritable vitrine culturelle de la haute horlogerie.” conclut-elle.


Clifton Baumatic Baume et Mercier

Artisanat, patrimoine et savoir-faire Suisse

Connaître de manière précise toutes les techniques possibles pour introduire de la beauté dans des objets fonctionnels tels que les horloges est un projet de longue date chez Cartier. C’est même devenu un lieu, La Maison des Métiers d’Art, à la Chaux-de-Fonds dans le massif du Jura Suisse.

Dans une ancienne ferme de style bernois datant de la fin du 18ème siècle et jouxtant le bâtiment principal, des artisans travaillent à inventer, ou à ré-inventer, des savoir-faire manuels parfois oubliés comme la granulation, la marqueterie de bois, de paille, de pierre dure et le filigrane.

“Nous produisons des cadrans en plumes de martin pêcheur, avec des reflets irisés bleu, vert, et mauve. Nous avons d’ailleurs conservé un stock très important et précieux de ces plumes qui sont dans nos archives depuis 1908, et rend jaloux de nombreux musées,” décrit Pierre Rainero, directeur du style, du patrimoine et de l’image chez Cartier. “Nous avons également trouvé une manière de réaliser le même style d’exercice avec des pétales de fleurs dont nous parvenons à conserver la couleur,” poursuit-il.

La marque dévoile la montre Ronde Louis Cartier réalisée à partir d’une technique inédite: la marqueterie de bois d’ébène de Macassaret et de feuille d’or 24 carats. Le marqueteur ponce ou grave la surface jusqu’à obtenir le détail voulu : tache, trait, effet de transparence,… pour faire apparaître, à travers l’épaisseur du bois, des éclats d’or et une palette de nuances de bois aux tons mordorés. Environ cinq jours de travail sont nécessaires pour faire apparaître la gueule de panthère au centre du cadran. Une création éditée en série limitée et numérotée à 30 pièces.

Karl Friedrich Scheufele, PDG du groupe Chopard, participe également au rayonnement du patrimoine horloger Suisse. Il a acquis Chronométrie Ferdinand Berthoud en 2015 et expose pour la première fois dans le Carré des Horlogers, l’espace réservé aux marques indépendantes.

“Au moment où je travaillais à compléter notre musée Chopard à Fleurier, je suis tombée sur une pièce ancienne de Ferdinand Berthoud, un chronomètre de marine. J’ai vraiment découvert la profondeur du personnage et je me suis passionné pour le sujet.” explique t-il.


Poésie, surprise et émotions

Savoir-faire traditionnel n’est pas synonyme de conformisme ou de classicisme. Certes, ces objets s’inscrivent dans la durée – et vu leur prix parfois astronomiques, on s’en réjouit – mais aucune marque ne se conforte dans son patrimoine. Toute cherche une chose: surprendre le client.


HYT innove en proposant la “clepsydre du troisième millénaire”, Van Cleef & Arpels émerveille en reproduisant un planétarium miniature à porter au poignet et Ulysse Nardin surprend en proposant la réédition d’une montre érotique dont le mécanisme est très prisé par les collectionneurs.


Une nouvelle approche pour le Salon International de la Haute Horlogerie qui séduit à la fois des marques de luxe comme comme Hermès qui rejoint la liste des exposants pour la première fois cette année et le public puisque la fréquentation a jouit d’une hausse de 20% par rapport à 2017, avec 20 000 personnes sur l’ensemble de la semaine dont 2500 passionnés issus du grand public.

Photo de couverture: Collection Cartier Libre, 2018